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La rédaction professionnelle envahira-t-elle le numérique?

Jean Dumas rencontre

André-Claude Potvin et Gabrielle Saint-Yves

Rédiger, c’est toujours écrire sur un support au moyen d’un calame. Depuis la tablette d’argile d’il y a cinq mille ans jusqu’au clavier d’écran d’aujourd’hui, les changements d’outillage se sont succédé… commandant, chaque fois, un ajustement de la pensée au véhicule utilisé pour la transmettre.

Rédiger sur Internet ne fait pas exception. Mais, à la différence des anciennes façons d’écrire, le saut technologique s’est opéré de manière fulgurante. En vingt-cinq ans à peine. Déroutant pour le cerveau. Exigeant pour la société.

–> Vingt-cinq ans de croissance exponentielle

Cette nouvelle voie de la communication ouvre des zones d’exploration à la fois enivrantes et inquiétantes, comme ce fut le cas pour les précédentes. Notamment en éducation, où la rédaction ne pourra bientôt plus se passer du numérique. Où en sera-t-on en 2020?

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ANDRÉ-CLAUDE POTVIN :

«Le travail du rédacteur en sera désormais un d’agencement de contenus multimédias.»

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Le Mémoire de maîtrise (2002) d’André-Claude Potvin portait sur «L’apport des récits cyberpunk à la construction sociale des technologies du virtuel.»

André-Claude Potvin André-Claude Potvin

Depuis, ce chargé de cours à l’Université de Montréal – RED 2040 Rédaction pour Internet – n’a cessé de fouiller les rapports qu’entretiennent la technologie et les mouvements sociaux dans leur quête respective d’innovation. C’est la même inspiration qui le guide comme conseiller en marketing pour StreamTheWord, une entreprise qui adapte au Web le contenu d’émissions de radio et de télé.

À son avis, il relève du rédacteur de se porter à la rencontre de la génération C, celle qui a appris à clavarder quasiment dès le berceau. Sans perdre de vue, toutefois, que la rédaction informatisée n’est pas sans faiblesses.

Internet impose, en effet, des contraintes au rédacteur. L’outil de lecture, l’écran, épuise vite les yeux. À cet égard, il ne fait pas le poids avec l’imprimé. Si, en plus, il est utilisé par des gens pressés dans un contexte multitâche, on ne peut s’y permettre un vocabulaire étendu ou des phrases complexes.

Pour le rédacteur, c’est frustrant. Il doit multiplier les intertitres, les paragraphes courts et les mots en gras. Simplement pour retenir l’attention. En outre, il doit donner à ses textes une vocation utilitaire. Il ne peut guère faire appel aux émotions. Même en publicité. L’internaute veut du factuel.

Se présentant comme un vaste terrain de jeu, le Web a d’abord conquis les secteurs ludiques. Il lui a été plus difficile de prouver sa contribution à la réflexion. Aujourd’hui encore, il cherche des moyens de rendre l’apprentissage facile.

Les gens qui pensent hésitent à y recourir. Quand ils le font, c’est généralement pour exploiter ses possibilités d’interactivité autour d’un texte ou pour éviter d’avoir à se précipiter trop souvent aux bibliothèques, les grands documents étant de plus en plus régulièrement numérisés.

Le jour où le papier électronique remplacera l’écran, les choses vont nettement s’améliorer. Nous retrouverons alors nos repères perdus. Y serons-nous vraiment en 2020 comme on nous le promet?

C’est du côté des opportunités inédites que le rédacteur doit regarder pour intégrer Internet à sa panoplie d’outils de communication.

En effet, seul le numérique permet l’agrégation instantanée du texte, de la parole, de la musique, des images fixes et animées, de l’exposé théorique, de la recherche documentaire et des tribunes de discussion. Tout cela, avec une logique bien peu cartésienne à laquelle les plus vieux ont peine à s’habituer, comme on le constate en folksonomie.

–> Feriez-vous de la folksonomie sans le savoir?

Les diverses façons de communiquer se rejoignent, se complètent, dialoguent; autant d’occasions pour le rédacteur de faire preuve de créativité.

Que dire alors de demain? Le rédacteur pourra bientôt compter sur des outils évolués pour accéder aisément à des contenus dispersés ou pour diffuser les siens, à la fois sur plusieurs plateformes et dans plusieurs contextes.

–> 2020 dans la boule de cristal d’André-Claude Potvin

Pour André-Claude Potvin, «le travail du rédacteur en sera désormais un d’agencement de contenus multimédias». Car il faudra bien un chef d’orchestre, un maître d’Å“uvre pour mettre de l’ordre dans la surabondance documentaire.

Un peu moins de rédaction, peut-être, un peu plus d’organisation de la pensée, assurément. Ce qu’il perdra d’un côté, il le gagnera largement ailleurs. Est-ce votre avis?

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GABRIELLE SAINT-YVES :

«Je travaille à partir d’outils qui existent et qui sont facilement manipulables.»

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Docteure en linguistique, Gabrielle Saint-Yves navigue depuis de nombreuses années dans les eaux du Web. À l’Université du Québec à Chicoutimi où elle enseigne – tant à Saguenay qu’au campus de Sept-Îles –, elle a développé une technique pédagogique exploitant les ressources d’Internet.

Gabrielle Saint-Yves Gabrielle Saint-Yves

L’écran d’ordinateur est devenu sa feuille de papier. Même pour enseigner la communication orale, la rédaction linguistique ou la terminologie, elle utilise Internet comme moyen privilégié de faire absorber et digérer la matière du cours.

Elle réalise présentement une recherche sur ce modèle d’enseignement «technopédagogique». Une approche, précise-t-elle, qui n’exige pas d’investissements poussés: «Je travaille à partir d’outils qui existent et qui sont facilement manipulables.»

Ainsi invite-t-elle les étudiants à créer leur propre blogue et à y déposer des travaux pratiques qui seront ensuite mis à la disposition de toute la classe.

Le recours à l’interactivité étant déjà chose courante pour la génération montante, la communication par le Web passe de purement sociale à hautement pédagogique. Et facilite l’apprentissage.

–> Des générations de plus en plus courtes

Apprendre en réseau, pourquoi pas? Cette façon de faire a de quoi inspirer un rédacteur.

En effet, à l’image de ces réseaux sociaux populaires que constituent Facebook, Twitter, YouTube ou MySpace, il est possible – Gabrielle Saint-Yves en a fait la preuve dans ses cours – de créer des réseaux sociaux spécialisés, de type éducatif. Des réseaux modelés sur ceux des entreprises.

L’enseignante a d’ailleurs longuement exploré les versions organisationnelles de Facebook, tout autant que LinkedIn, Viadeo et les regroupements de blogues, façon Tikiwiki. La piste lui paraît donc toute tracée pour le rédacteur professionnel de demain.

Dans ces agglomérations étendues de sites, le rédacteur remplira deux rôles majeurs: (1) il rédigera des textes liant et harmonisant les documents des organismes participants; (2) il produira lui-même des documents spécialisés vendus à travers son réseau. Il se situera ainsi au cœur du savoir.

–> Pic de la Mirandole à la sauce numérique

Des textes vendus sur Internet qui lui serviront de source stable de revenus? Bien sûr. Pourquoi pas, s’ils sont bien faits et répondent à un besoin?

L'impression d'hier

Le lourd mécanisme d’impression d’hier

L'invasion des ordinateurs

La facilité de diffusion avec les ordinateurs

Car le temps de la gratuité achève. Les sites payants commencent déjà à se démarquer de ceux, tellement faciles à produire, où trônent l’amateurisme et le relativisme.

Ce qui pose aussitôt une question sensible. Dans le flot documentaire d’Internet, comment faire le tri entre ce qui est valable et ce qui ne mérite qu’un regard furtif? Comment trouver une information fiable?

Tout le monde sait que, sur le Web, le faux et le mal fondé côtoient le vrai plus souvent qu’autrement. On ne sait souvent plus «à quel site se vouer».

–> La fiabilité de l’information sur le Web

C’est pourquoi des groupes commencent timidement à mettre sur pied des carrefours d’analyse critique où les pairs sont invités à évaluer les documents et le sérieux de leur auteur, comme on le fait depuis des lustres pour les textes académiques traditionnels. Encore du travail en perspective pour un rédacteur professionnel.

Un tel filtre s’avère particulièrement essentiel dans les milieux d’enseignement. Non seulement pour les blogues à prétention scientifique, mais aussi pour les encyclopédies de tout calibre dont il est souvent difficile de vérifier la crédibilité.

Les pages de Google regorgent de sites dans tous les domaines du savoir, depuis la botanique jusqu’à la philosophie. Plus augmentera le nombre de ces sites, plus il deviendra urgent de distinguer le sérieux du volage. Le rédacteur sera sûrement demandé en renfort.

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La rédaction professionnelle envahira-t-elle le numérique?

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[1] VOUS POUVEZ UTILISER VOTRE NOM OU UN PSEUDONYME.
[2] VOTRE COURRIEL OU SITE NE SERA PAS RENDU PUBLIC.
[3] VOTRE COMMENTAIRE CONTRIBUERA À LA RÉFLEXION.

5 réponses

  1. Dupont/Dupond

    À la fin des années soixante (1967, 68, 69?), l’Association des diplômés de l’Université de Montréal avait organisé un colloque intitulé « L’université électronique ».
    Quelques illuminés y avaient suscité beaucoup de scepticisme en affirmant qu’un jour viendrait où les étudiants pourraient rédiger leur travail de recherche sur un ordinateur, à la maison, et le transmettre à leur prof sans même avoir à se déplacer pour lui remettre en mains propres. « Ben voyons donc! », ricanaient les cyniques, « pourquoi ne pas remplacer les dictionnaires par des ordinateurs tant qu’à y être! »…
    Et pourtant…
    Au vu des générations de plus en plus courtes qui font paraître dépassé ce qui était à l’avant-garde deux ou trois ans plus tôt, on peut avoir l’impression que ce colloque a eu lieu au Moyen-Âge. Même si plusieurs de ceux qui y ont participé ne sont aujourd’hui que de tout jeunes retraités. Et que, sans être toujours conscients de tout le chemin parcouru, ils lisent eux-mêmes sur internet, les réflexions colligées par Jean Dumas.
    La plupart n’auront sans doute pas à ajuster leur style rédactionnel pour gagner leur vie avec leur plume. Mais le simple fait, pour eux, de « rester dans la parade » plutôt que la regarder passer est peut-être une contribution utile pour atténuer le choc possible d’une rupture entre des générations qui risqueraient autrement de se perdre de vue.

  2. Tweets that mention Enquête – La rédaction professionnelle à l'horizon de l'an 2020 » La rédaction professionnelle envahira-t-elle le numérique? -- Topsy.com

    [...] This post was mentioned on Twitter by Michel Monette and A.C.Potvin, Michel Monette. Michel Monette said: Enquête » La rédaction professionnelle envahira-t-elle le numérique? http://ow.ly/XIeo [...]

  3. Montréal Communication

    Excellent article sur la rédaction numérique Merci M. Potvin!

  4. Carole Simard

    Nul doute que la technologie change nos vies et exige de chacun de plus en plus de compétences. À cela s’ajoute maintenant une nouvelle dimension spatio-temporelle créée par la mobilité. Grâce à la téléphonie cellulaire et à l’Internet mobile, l’information devient disponible, où que l’on soit, à la vitesse de l’éclair. Je suppose donc que la pression devient d’autant plus grande pour les rédacteurs professionnels de fournir un produit fini encore plus rapidement. Malheureusement, la vitesse n’est pas toujours amicale. Il faut tout de même laisser un peu de temps au cerveau pour traiter et assimiler l’information. Étant enseignante de mathématiques au niveau collégial et universitaire en Californie, j’observe ce phénomène régulièrement dans le cadre de mes fonctions. Je pense que c’est un problème croissant qui explique en partie pourquoi certains jeunes ont des difficultés scolaires. Étant maintenant habitué à une réponse instantanée quasi continuellement dans leurs interactions quotidiennes, les étudiants s’attendent à des résultats semblables lorsqu’ils sont en mode «apprentissage», ce qui évidemment ne se produit pas et génère un lot de frustrations et ultimement du désintéressement. Nous avons donc encore une certaine distance à parcourir pour comprendre et apprivoiser tous les impacts amenés par cet avancement technologique. Il faudra aussi développer des méthodes de formation pour les futurs rédacteurs professionnels afin d’assurer qu’ils puissent faire de la rédaction «instantanée» d’une qualité équivalente à celle normalement obtenue par un travail d’analyse et de synthèse nécessitant normalement plus de temps.

  5. Marie josée Bessette

    Je suis étudiante en rédaction, enseignante au secondaire et mère d’adolescents. Je dois me joindre à M.Potvin, Mme Saint-Yves et Mme Simard.Les jeunes habitués à l’instantané dans leur vie quotidienne s’attendent à une réponse immédiate dans tous les domaines et ont malheureusement tendance à abandonner rapidement. Le défi du rédacteur qui devra maintenir l’attention de cette génération s’avère de taille. Le texte devra être structuré de façon logique, bien aéré et pertinent, bien sûr. Il devra aussi être percutant. Ces jeunes générations, adeptes de l’extrême, ne remarquent et n’adhèrent qu’à ce qui ressort, voire explose, du lot. Et pour l’instant, la fiabilité des sources ne les préoccupent guère ou peu, on le constate souvent dans leurs travaux. Alors l’idée de distinguer les sites plus sérieux d’une façon ou d’une autre m’apparaît comme une éventualité essentielle et devrait engendrer également une dualité dans le classement de l’information, soit des textes à caractère plus immédiat, disponibles rapidement, et d’autres plus élaborés qui demandent une plus grande réflexion et dont l’accessibilité sera plus limitée sinon attribuée à des sites ou des classes de sites plus intellectuels, si vous me permettez l’expression. Un peu comme on choisit son journal ou son poste de radio, ou mieux, ses ouvrages de références.

Qu'en pensez-vous ?

Merci !

 




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